Discours de Michel Logoz, concepteur de la Mémoire du Temps (21.08.2008)

La Mémoire du Temps // Jeudi, 21 août 2008

Il m'arrive parfois de me demander pourquoi on a baptisé cette collection du nom de "La mémoire du temps".

D'abord, parce que la mémoire, hélas, elle ne se rappelle à vous que quand elle vous quitte et que le temps qui passe, on en prend vraiment conscience que lorsqu'il vous bouscule et qu'il vous manque. Drôle d'idée pour Provins de mettre dans son assortiment des denrées aussi fluctuantes!

Et quel rapport avec, par exemple, la bouteille de Corbassières 1998, dont on fête les dix ans d'âge? Offre-t-elle une potion magique à tous ceux qui ont des trous de mémoire, leur permet-elle de gagner du temps, donc de l'argent? En humant ce fameux Corbassièes 1998, l'entendez-vous proclamer que, cette année là, Fidel Castro était reçu à Berne par le Conseil fédéral ? L'entendez-vous vous rappeler qu'à cette époque vous avez connu le grand frisson de votre vie en découvrant la nana ou le mec de vos rêves ? Motus et bouche cousue ! Convenons alors que le titre de est cruellement trompeur. En réalité, face à votre verre de Corbassières, l'unique sujet de votre méditation, c'est le vin. Donc, on aurait dû appeler la collection .

Fichtre ! Je ne suis pas sûr que beaucoup d'entre vous, après avoir dégusté notre Corbassières à l'aveugle, soient capables de l'entendre leur chuchoter dans les naseaux et les papilles qu'il est né en 1998. Et si, par miracle, Y 'une ou l'autre trouvait son millésime, il faudrait alors parler, non pas de , mais bien plutôt de . Car vous conviendrez que le mérite de la découverte reviendrait au dégustateur, dont les facultés auraient su triompher d'un vin aussi rétif qu'une vieille cocotte à confesser son âge. Oui, mais, si d'aventure personne ne parvient à trouver l'année de naissance de notre Corbassières, vous voyez le tableau. On lâche en pleine poire à des types, déjà furax de n'avoir pas su percer l'énigme, qu'ils ne sont pas dignes de faire partie du cercle prestigieux des authentiques connaisseurs auxquels s'adressent les bouteilles de .

De quoi se faire d'une armée de pauvres potes des ennemis mortels en leur faisant comprendre qu'ils ont tout intérêt à continuer à patauger dans la bibine plutôt que de prétendre aspirer à des grands crus. Non, décidément, ce serait pas bon pour l'image de Provins. Alors, si ce n'est ni , ni , ni , qu'est-ce qu'on fait ? Il faut chercher ailleurs. Une idée serait peut-être de chiper à un certain Marcel Proust le titre de sa saga à succès "A la recherche du temps perdu" en le tronquant légèrement pour en faire "A la recherche du vin pondu" ! Je vous entends ricaner. Bon, bon et bon, n'insistons pas ! Pour aujourd'hui, on en restera à "La Mémoire du Temps".